Préparation au forage exploratoire de pétrole et de gaz dans la mer de Beaufort
L’Environmental Impact Review Board (EIRB) acquiert une solide compréhension de divers aspects des opérations de forage dans les eaux extracôtières de l’Arctique, ce qui permettra aux membres de répondre aux exigences des responsabilités de l’EIRB telles que définies à l’article 13 de la Convention définitive des Inuvialuit (CDI).
En décembre 2013, l’Environmental Impact Screening Committee (EISC) des Inuvialuit a soumis une description de projet à l’Environmental Impact Review Board (EIRB) des Inuvialuit pour le forage d’un ou plusieurs puits d’exploration dans la mer de Beaufort canadienne. Dans la description du projet, Imperial Oil Resources Ventures Limited (Imperial), au nom de ses partenaires de coentreprise, propose de forer un ou plusieurs puits d’exploration pétrolière et gazière dans les permis d’exploration 476 et 477, situés à environ 175 km au nord-nord-ouest de Tuktoyaktuk, dans des profondeurs d’eau allant de 60 à 1 500 m, à partir de la saison d’eaux libres de 2020. Ce renvoi pour un puits extracôtier est le premier depuis 1989, lorsqu’Imperial et ses partenaires ont foré le puits Isserk I-15 dans les eaux peu profondes (environ 11 m) du sud de la mer de Beaufort. Il s’agit également de la première demande de forage d’un puits extracôtier dans les eaux extracôtières canadiennes de l’Arctique depuis la catastrophe survenue à BP Macondo en avril 2010, lorsque le Deepwater Horizon a explosé et coulé, causant la mort de 11 personnes, et entraînant le déversement d’environ 5 millions de barils (soit environ 780 000 m³ de pétrole) par un puits hors de contrôle dans le golfe du Mexique.
Peu après le renvoi du projet proposé par l’EISC à l’EIRB, et en préparation de l’examen de la déclaration d’impact environnemental d’Imperial, attendue à la fin de 2015, l’EIRB a lancé un programme de formation axé sur les opérations de forage extracôtier dans l’Arctique. L’objectif de ce programme est d’aider les membres à répondre aux exigences des responsabilités de l’EIRB telles que définies à l’article 13 de la CDI. Le programme de formation est conçu pour être général – non axé sur une demande particulière – et à portée large, afin que les membres et le personnel soient au fait des aspects importants du forage exploratoire en eaux profondes (estimées entre 80 et 850 m de profondeur) dans des conditions propres aux eaux extracôtières canadiennes de l’Arctique.
Les objectifs du programme de formation sont de fournir aux membres et au personnel une solide compréhension de divers aspects des opérations de forage dans les eaux extracôtières de l’Arctique. Les éléments du programme comprennent, sans s’y limiter, le renforcement des connaissances et de la sensibilisation concernant : la terminologie, les pratiques et l’équipement de forage ; le contexte et le cadre réglementaire ; la préparation aux déversements d’hydrocarbures et les contre-mesures ; ainsi que les sources d’information.
En ce qui concerne la terminologie des pratiques et de l’équipement de forage, les membres et le personnel de l’EIRB ont suivi un cours d’introduction sur les opérations pétrolières et gazières (par exemple, les composantes d’un système de forage extracôtier, la conception et la construction d’un puits, la surveillance de l’intégrité d’un puits et les mesures à prendre en cas de situations incontrôlées), avec un accent sur la façon dont ces activités ont été menées dans le passé dans la mer de Beaufort canadienne ; un aperçu de la catastrophe de BP Macondo et des principales leçons tirées de cet événement, présenté par un expert internationalement reconnu qui présidait une commission chargée d’examiner les causes profondes de cette catastrophe ; l’observation des composantes d’un obturateur anti-éruption et de leur fonctionnement ; et la visite des centres d’opérations en temps réel de compagnies pétrolières et gazières, où des experts surveillent les puits extracôtiers depuis des sites à terre.
En ce qui concerne le contexte et le cadre réglementaire, les membres et le personnel ont eu l’occasion de comprendre et d’explorer le rôle de la législation de l’organisme de réglementation du pétrole et du gaz (l’Office national de l’énergie – ONE), notamment la Loi sur les opérations pétrolières au Canada (LOPC) et ses règlements (Règlement sur le forage et la production de pétrole et de gaz au Canada) ; l’examen du forage extracôtier dans l’Arctique par l’ONE et ses conclusions ; ainsi que les exigences en matière de responsabilité financière, tant en vertu de la CDI que de la LOPC et de la Loi sur la sûreté et la sécurité en matière d’énergie récemment adoptée. De plus, les membres et le personnel de l’EIRB ont participé à des présentations et des discussions avec des experts en droit administratif, sur les responsabilités des tribunaux de réglementation et sur un aperçu des audiences publiques.
En ce qui concerne la préparation aux déversements d’hydrocarbures et les contre-mesures, les membres et le personnel ont participé à des conférences internationales (Conférence sur les déversements d’hydrocarbures dans l’Arctique 2014, Conférence internationale sur les déversements d’hydrocarbures 2014, Forum de recherche canado-américain sur le pétrole et le gaz dans le Nord 2014, Conférence sur les déversements d’hydrocarbures et les sciences des écosystèmes 2015, et Forum des résultats de l’Évaluation environnementale régionale de Beaufort (BREA) 2015) afin d’apprendre auprès d’experts de renommée mondiale. Les membres et le personnel ont échangé avec des fournisseurs de services de contrôle à la source et de confinement des déversements, et ont participé à des discussions et reçu des présentations de sociétés spécialisées dans la modélisation des trajectoires de déversements d’hydrocarbures ainsi que dans l’évaluation du devenir et du comportement des hydrocarbures dans les conditions extracôtières de l’Arctique.
En ce qui concerne les sources d’information et les données de référence sur les conditions physiques, biologiques et géologiques de subsurface, les membres et le personnel de l’EIRB ont tenu des réunions et des discussions avec le Conseil national de recherches sur la base de données environnementales de Beaufort – qui comprend des informations importantes sur les charges de glace, les conditions glaciaires et les conditions environnementales physiques ; avec l’Université de Calgary sur l’ASTIS (Arctic Science and Technology Information System) – qui regroupe la quasi-totalité des archives historiques, des rapports et des résultats d’études sur les activités pétrolières dans la mer de Beaufort canadienne des années 1970 et 1980 ; et avec Affaires autochtones et Développement du Nord sur la BREA – une initiative-cadre de 4 ans et 22 M$ ayant collecté d’importantes données de référence régionales et historiques, rendues accessibles via le Catalogue polaire canadien et les données BREA hébergées sur le site internet de l’Inuvialuit Game Council.
Le programme de formation et de perfectionnement des membres et du personnel se poursuit avec des séances prévues avec les organismes de réglementation américains sur les leçons tirées des opérations de forage de Shell dans les mers de Beaufort et des Tchouktches en 2012, les révisions proposées aux règlements annoncées en février 2015, et les mesures que les organismes de réglementation prendraient avant, pendant et après les opérations si Shell devait entreprendre un programme de forage dans la mer des Tchouktches à l’été 2015. Des discussions exploratoires ont eu lieu avec des organismes de réglementation norvégiens afin de tirer parti de leur compréhension des opérations sécuritaires menées dans la mer de Barents.
Des séances sont également prévues avec des experts mondiaux de premier plan sur l’état de la technologie et les capacités de contre-mesures en cas de déversements d’hydrocarbures dans les conditions extracôtières de l’Arctique, ainsi que sur la réalisation d’une analyse des avantages environnementaux nets visant à évaluer les avantages et les conséquences des divers outils de contre-mesures en cas de déversements d’hydrocarbures, y compris les agents de traitement des déversements (dispersants) autorisés en vertu de la Loi sur la sûreté et la sécurité en matière d’énergie.
Le personnel continue d’explorer des occasions de monter à bord d’un navire de forage moderne à positionnement dynamique (vraisemblablement dans le golfe du Mexique, car les occasions d’observer des opérations extracôtières dans l’Arctique ne sont pas disponibles) afin d’observer les systèmes et les pratiques en place pour un forage sécuritaire tout en protégeant l’environnement et pour intervenir efficacement en cas de problème. Enfin, le personnel cherche des occasions d’observer le fonctionnement et le déploiement des équipements de contrôle à la source et de confinement positionnés à l’échelle internationale, en cas d’urgence dans la mer de Beaufort canadienne, ainsi que les facteurs à prendre en compte dans l’élaboration des coûts pour un scénario catastrophe.